Les Diseurs de Musique

Les Diseurs de Musique Serge Pey (vocal, chimes, texts), Michel Doneda (soprano & sopranino saxophones , tiny bell), Daunik Lazro (alto & baryton saxophones, tiny bell), Lê Quan Ninh (percussion)

1. Toi qui défais le cercle (20:00), 2. Mange le feu, Et maintenant j'ai trois arcs colorés (19:32), 3. Poétique, Dieu est un chien dans les arbres (16:50), 4. Je voudrais parler d'un couloir, Graffiti, Dans chaque mot une majuscule dort, Le point est un trou blanc (17:46)

Recorded at CCAM in Vandoeuvre-Lès-Nancy on June 24 & 25, 1997 by François Dietz - Coproduction CCAM and "Les Diseurs de Musique"

Vand'oeuvre


Reviewed by: Philippe Robert for the magazine Vibrations (CH) - May 1998

Quatre voix qui n'en font qu'une : celles des saxophones de Daunik Lazro et Michel Doneda, celles des ustensiles percussifs de Lê Quan Ninh et celle du poète Serge Pey. Ensemble, elles défrichent et "disent" la beauté d'une musique convulsive, volcanique, hurlante et écorchée. A l'instar du chanteur basque Beñat Achiary ou d'Abbey Lincoln énumérant des noms de tribus africaines sur "All Africa" de Max Roach et Oscar Brown Jr., la voix de Serge Pey s'adresse à l'âme, au corps, à la terre et convoque les esprits de la transe chamanique. Habitant et mettant les mots en musique avec une force formidable qui n'exclut pas la réitération des formes, ces quatre magiciens bouleversent les idées reçues et composent une œuvre poétique d'une étonnante et lumineuse richesse.
Reviewed by: Sophie Gosselin for the magazine Foetus (F) - Oct/Nov 1998

"Toi qui défais le cercle qui me fais ne me défais pas, Toi présent d'une société mécanique et stérile ne détruis pas le Sens qui me lie au monde, le Sens qui me lie à la Terre."
Les Diseurs de Musique disent le Sens par une sorte de retour à l'origine : celui de la Terre. Or, notre premier lien à la Terre est d'ordre rythmique et mythique. Rythmique parce que chaque élément de la nature a un rythme, une pulsation de vie dont nous faisons partie et que nous ressentons à chaque introspection méditative. Mythique car l'homme a trouvé dans la nature un ordre qui par le symbole donne Sens à son existence, un monde réactivé incessamment par la Parole. C'est donc la rencontre de la musique et de la poésie (deux arts essentiellement rythmiques et symboliques) que les Diseurs de Musique nous proposent ce retour à l'origine, cette ouverture sur le Sens qui tend largement à manquer actuellement. Cette rencontre musique/poésie est d'autant plus riche qu'elle met en œuvre la contradiction (comme tout symbole réel) avec d'un côté une poésir offrant, par sa structure cyclique (les poèmes "Toi qui défais le cercle", "Mange le feu"... progressent autour d'une sorte de phrase-refrain), un rythme uniforme, et de l'autre une musique à l'instrumentation riche, "free" et fondamentalement polyrythmique. Aussi, un tel projet qui vise à donner Sens par l'œuvre d'art ne peut omettre une réflexion sur l'œuvre d'art. Rien ne pourra jamais dire l'œuvre d'art aussi bien que le poème. "Dans chaque mot une majuscule dort". Chaque œuvre cache un sens / son sous la surface, comme une boîte aux lettres fermée garderait des lettres sans qu'on puisse y accéder. Le but alor n'est pas d'ouvrir la boîte pour lire directement les lettres. C'est au contraire d'écouter attentivement par la fente et de "deviner" le "son secret" qui s'en échappe. La "majuscule" se découvre tout en se cachant, nous touche sans que nous sachions pourquoi.
Mais l'œuvre ne pouvait s'arrêter là. Après un retour à l'origine, il fallait nécessairement, pour que le Sens soir réel, une ouverture sur le futur : "Je voudrais parler du nid dans cet arbre - il n'y a pas d'arbre - plantons l'arbre".
Reviewed by: Bruno for the magazine 491 #25 (F) - March 1998

Ils sont quatre dans une musique incandescante, genre free libérateur des instruments et du texte. Serge Pey et ses bâtons de poèmes, il clame ses textes comme un litanie avec le support de Michel Doneda et de Daunik Lazro, tous deux jouant des saxophones avec une façon qui passe du calme au plus furibard des hurlements. Bruits de clochettes, moments sereins, les percussions de Lê Quan Ninh accompagnent l'ensemble avec finesse. Ce n'est pas un disque de poète qui dirait ses textes sur une musique, c'est un disque des Diseurs de Musique, ça décape nos oreilles et nos méninges comme un coup de vent.
Reviewed by: gil gershman for the web site www.sonomu.net- March 1999

Paris' CCAM Studios serves as the melting pot in which poet Serge Pey engages the spirited acoustic improvisation of extraordinary percussionist Lê Quan Ninh and saxophonists Michel Doneda and Daunik Lazro. The object of Les Diseurs de Musique ("Those Who Speak the Music") is the sublimation of language from music. Pey's stories, printed as texts on long sticks in the narrative tradition of native Central American cultures, are brought to life through the bubbly gossiping of the instrumentalists even before he begins his animated recitations. Lazro takes his alto and baritone horns on fleet exploratory flights around the periphery of "Toi qui Défais le Cercle." He asks the questions - the curious "and then?"s and interjected "you must be joking!"s - as Doneda blurts sentences and sentence fragments in his colloquial soprano, so caught up in the telling that his "words" gush forth as a prattle of giddy chirps and parenthetical flourishes. Ninh's eloquent percussive vocabulary fleshes out the stories. His flusters and flurries supply both the concrete facts - the setting and physical descriptions - and the fascinating conversational tangents which elaborate on Lazro's sketchier details. By the time the loquacious musicians have brought their chat down to a dull twitter (punctuated by frequent rude rustles and whispers amongst themselves), the tale has already been told. In essence, Pey's telling is more of a retelling, with the members of the trio listening somewhat attentively but chuckling to one another as if to say, "Isn't that what we just got through saying?" Pey takes the more proactive role in "Mange le Feu," declaiming his fiery prose while straining to overpower the musician's caterwauling crescendos with nothing but his voice and the time-keeping tapping of his foot. Their frenetic racket finally overcomes him, and Pey steps back away from the microphone, out of breath and speechless, just as the noise dies away in the near-silent epilogue of "Et Maintenant j'ai Trois Arcs Colorés." The quiet persists into "Poétique," the meter of Pey's words gaining in insistence against a backdrop of peakish sustained notes and the slicing sonorities of bowed metal which finally consumes them. Pey surrenders the stage to the musicians, to Ninh in particular, whose hands dance lightly around a forest of fanciful percussion in the twinkling and thoroughly splendid "Dieu est un Chien Dans les Arbres." Ninh is a battery from whom an astonishing array of improvised noises explode with the brilliance of sparks - here a shrill squeak, a tap, a rapping or a rustle, there a cascade of frozen raindrops. He commands an apparently limitless variety of percussive sounds and challenges others to match his resourcefulness. Doneda and Lazro do so admirably on "Je Voudrais Parler d'un Couloir," contorting notes into strange shapes and hyperventilating yelps, as though the three are engaged in a fierce competition to squeeze the most outlandish sounds from their instruments. Obviously such games overshadow Pey, drawing attention away from his decorously recited words and directing all ears towards the improvisers' far more interesting efforts. The project's central conceit falls by the wayside, almost becoming an intrusion on the masterful free-play of Doneda, Lazro and Ninh. At these points, as on the unmissable "Dans Chaque Mot Une Majuscule Dort," Pey knows enough to step aside and encourages the musicians to carry the show. His graciousness and altruism contribute as much to the success of Les Diseurs de Musique as the poems which kindled these improvisations and the musicians whose blazing explorations ultimately set them afire.